12.06.2009

Des Goldberg aux Goldberg : itinéraires (1)

Aria.

 

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Copie manuscrite de l’Aria des Variations Goldberg par Anna-Magdalena Bach,

second Petit Livre de notes d’Anna-Magdalena Bach  (Notenbuchlein für Anna-Magdalena Bach), 1725

Berlin, Staatsbibliothek

 

1. Soit donc une partition de J.S. Bach, intitulée Exercice pour clavier se composant d’une ARIA avec différentes variations pour le clavecin à deux claviers, commandée par le comte Keyserling et publiée à Nuremberg en 1741 par Balthasar Schmid, connue sous le titre apocryphe de « Variations Goldberg » et numérotée 988 au Bach-Werke-Verzeichnis.

 

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Première page de l’édition princeps des Variations Goldberg,

publiée par Balthasar Schmid à Nuremberg en 1741

 

C’est une des œuvres musicales que je connais le plus, pour en avoir joué quelques passages il y a longtemps (fort mal) et pour l’avoir ensuite écoutée un nombre incalculable de fois. Or, chose étrange pour une œuvre que je puis dire (sans abus de langage, au sens le plus littéral du terme) « connaître par cœur », je peux encore l’écouter sans ennui, distraction, agacement ou lassitude.

 

2. Tout le monde connaît l’anecdote, rapportée par Forkel : les insomnies du comte Keyserling et la commande passée à Bach ; le comte réveillant son musicien particulier, l’adolescent Goldberg, en pleine nuit pour endormir son maître au son des variations ; le gobelet d’or offert à Bach par le comte, en gratitude pour son sommeil retrouvé… Quelques connaisseurs connaissent d’autres choses : les étonnants contrastes existant entre les trente variations (style mélodique voire vocal vs rigueur contrapuntique, facilité technique vs haute virtuosité digitale …) ; l’apparente contradiction entre ces contrastes et le plan unificateur, la symétrie « organique », de l’ouvrage ; le rôle central et quasi cryptographique des canons, qui reviennent toutes les trois variations ; les regards en biais du côté de Frescobaldi, Buxtehude, Scarlatti, et même la citation d’une chanson populaire humoristique (dans la dernière variation)… Savoirs qui disent sans doute quelque chose de l’œuvre, mais rien de son immédiate qualité d’envoûtement.

 

barthes.JPG3. (Canone all’unisono). Barthes : « Il y a deux musiques (du moins je l’ai toujours pensé) : celle que l’on écoute, celle que l’on joue. Ces deux musiques sont deux arts entièrement différents, dont chacun possède en propre son histoire, sa sociologie, son esthétique, son érotique : un même auteur peut être mineur si on l’écoute, immense si on le joue (même mal) […] La musique que l’on joue relève d’une activité peu auditive, surtout manuelle (donc en un sens beaucoup plus sensuelle) ; […] c’est une musique musculaire ; le sens auditif n’y a qu’une part de sanction : c’est si le corps entendait – et non pas “l’âme” ; […] attablé au clavier ou au pupitre, le corps commande, conduit, coordonne, il lui faut transcrire lui-même ce qu’il lit : il fabrique du son et du sens : il est scripteur, et non récepteur, capteur. Cette musique a disparu […] Concurremment, la musique passive, réceptive, la musique sonore est devenue la musique (celle du concert, du festival, du disque, de la radio) : jouer n’existe plus ; l’activité musicale n’est plus jamais manuelle, musculaire, pétrisseuse, mais seulement liquide, effusive, “lubrifiante” pour reprendre un mot de Balzac. »* Merveille des Variations Goldberg : c’est une des rares œuvres qui ravissent immédiatement le musicien amateur qui essaye de la jouer et le mélomane qui ne fait que l’écouter. (Je fus l’un, je suis l’autre.)

 

4. Je devais avoir quinze ou seize ans, mes parents m’avaient appris à jouer du piano puis j’avais fait deux ou trois ans de piano dans un conservatoire de banlieue – sans aucun talent, faut-il le préciser, et avec même des capacités digitales très moyennes (coordination problématique dans la vélocité), quoique j’eus, semble-t-il, un assez joli toucher et un bon sens de « l’attaque », soit une bonne « intonation » c’est-à-dire une bonne répartition du poids musculaire sur le doigt, de l’ongle au coussinet. Je dus jouer pour quelque occasion l’aria et quelques-unes des variation (celles qui étaient, ou auraient dû être à ma portée : 2e, 9e, 13e, 15e, 19e, 21e, 25e,). Jouer cette musique me remplit alors de joie.

 

Une joie tout physique, sensuelle, une jouissance : il est assez difficile d’expliquer à quelqu’un qui n’a jamais joué de piano à quel point les phases de tension/détente musculaire, du dos aux phalanges, peuvent varier d’une œuvre à l’autre et susciter en retour des contractions, des élancements puis des fatigues différentes – certaines agréables, d’autres non ; or celles des extraits que je jouai Variations Goldberg se traduisaient par des fourmillements dont je conserve un souvenir délicieux. Même chose pour le toucher proprement dit : certaines œuvres nécessitent avec les touches de l’instrument un contact digital d’une grande sensualité, d’autres non : or là aussi, les Goldberg…  

 

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Jan VERMEER, dit Vermeer de Delft

(Delft, 1632-Delft, 1675)

Femme debout au virginal

v. 1670

Huile sur toile, 51,7 x 45,2 cm

Londres, National Gallery

 

5. Bien sûr, mon « interprétation » était déplorable (mes parents en avaient gardé un enregistrement sur cassette ; l’ont-ils encore ? J’espère que non) : mes tempi fluctuaient en fonction de la difficulté digitale, ils étaient globalement trop lents (mais pas de la lenteur de contemplation d’un Glenn Gould : d’une lenteur d’hésitation), mes doigtés étaient systématiquement trichés, mon touché appliqué et sans grande amplitude dynamique. Il n’empêche : ce fut une de mes plus grande joies d’adolescent.

 

(Quelques semaines plus tard, C***, camarade de classe longuement courtisée, devait me céder : elle serait ma première fois. C’était un mercredi après-midi de soleil et de vent, du côté de la place de la Nation, dans une chambre très claire, et l’on voyait remuer par la fenêtre les branches hautes d’un platane. Je me souviens de m’être fait la réflexion, tandis que nous nous rhabillions, que les courbatures et les fourmillements dans tous mes membres alors ressemblaient, en plus vifs, à « ceux des Goldberg ». Il va de soi que je dus être aussi médiocre amant que j’avais été interprète de Bach.)

 

6 (Canone alla seconda). Ç’avait été une grande tristesse pour mes parents que de constater que, malgré leurs efforts, j’écoutais peu, j’aimais peu écouter de musique, que je m’ennuyais aux concerts où ils m’emmenaient. Ils devaient me dire plus tard (à un moment où, ayant abandonné le piano depuis des années, j’avais à l’inverse une collection de disques dépassant la leur) qu’ils avaient craint que j’eusse accepté ces leçons de piano par pure obéissance, ou pour leur faire plaisir ; la vérité était un peu différente : c’est le plaisir de l’exercice musculaire, une forme originale (non sportive) de dépense physique qui m’avait fait aimer la pratique du piano ; mais, en effet, ce n’était pas la musique en tant que telle.

 

Ainsi, j’avais dû entendre des dizaines de fois les Variations Goldberg sans jamais y prêter la moindre attention, lorsque je dus les jouer : mes parents en avaient deux enregistrements (des microsillons anglais), celui de Rosalyn Tureck au piano et celui d’Igor Kipnis au clavecin. Là, au départ pour me corriger (comme un élève bachote des annales d’examen), j’écoutai pour la première fois ces deux disques : c’est, pour autant que je m’en souvienne, la première fois que je m’intéressai à la « musique que l’on écoute ».

 

 

 

41NTXW6X31L__SS500_.jpg* Roland Barthes, L’Obvie et l’obtus. Essais critiques III, © Editions du Seuil, 1982, coll. Points Essais.

Commentaires

Je me sens comme à la maison ici. Merci pour ces purs moments de beauté.
Je reviendrai.

Ecrit par : Bona | 13.06.2009

Tu seras toujours le bienvenu, sois-en sûr.

Ecrit par : Improbable | 13.06.2009

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Intéressant...
On ne peut imaginer tout cela quand on ne connait pas la musique...
J'ai les Variations par Glenn Gould : contemplatif, oui...

Je parle d'un pianiste sur mon blog, mais le sujet est différent.
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Ecrit par : Chris | 13.06.2009

Je te lis ce matin avec délectation, en écoutant les Variations par Gould. Je ne connaissais par ces mots-là de Barthes, ils me touchent au plus haut point; m'en sens proche d'autant que ces vibrations me sont familières. Un sourire en lisant tes "tes sensations Goldberg" place de la Nation. Défaillir dans "un nid de soleils" pourrait arriver à tout le monde. L'essentiel est de jouer, bien ou mal. Sourire bis!
Je m'empresse de commander "L'obvie et obtus".
Bonne journée!

Ecrit par : Bona | 14.06.2009

Chris : Glenn Gould, j’y reviendrai plus longuement dans la suite de cet « itinéraire ». D’ailleurs, « contemplatif » ne s’applique en toute rigueur qu’à son dernier enregistrement (1981) : son premier (1955) est au contraire d’une vélocité extrême…

Bona : Ah, tiens, toi aussi, tu as des souvenirs amoureux dans le XIIe ? « L’essentiel est de jouer, bien ou mal » : hélas, cela fait des années que je n’ai pas posé les doigts sur un clavier. Je te recommande d’autant plus ‘L’Obvie et l’obtus’ qu’il y est aussi question, outre de musique, de peinture. On y trouve en particulier deux magnifiques textes sur un peintre dont j’aime particulièrement l’œuvre (sans doute y reviendrai-je ici un de ces jours) : Cy Twombly. Et, ce qui te touchera peut-être davantage (à voir ce que tu peins), un texte sur la « période asiatique » d’André Masson.

Ecrit par : Improbable | 14.06.2009

Merci pour toutes ces infos sur le livre de Barthes. J'en tremble de bonheur, rien que d'y penser. J'aime Masson et Cy Twombly.
Des souvenirs amoureux? Non! J'étais pion au Lycée Dorian de 84 à 86. Je connais bien le quartier. Rien de transcendant, vois-tu. J'espère que tu reposeras tes doigts sur un clavier un jour.
Bonne journée!

Ecrit par : Bona | 14.06.2009

Bonjour,
Je suis très curieuse de voir ce que vous allez nous dire de Cy Twombly et de André Masson, deux peintres que j'aime particulièrement, sans vraiment pouvoir (savoir) l'expliquer.
En attendant... trouvons le livre de R. Barthes!
C'est la première fois que j'entends parler d'un pianiste et de la sensation "musculaire" jouissive. Il est vrai que certains pianistes ont de douloureuses tendinites, comme d'autres... sportifs!

N.B. J'ai les Variations par Glenn Gould (version lente, dommage) et par Keith Jarrett au harpsichord.

Ecrit par : Ambre | 21.06.2009

Ambre : De Twombly, je tâcherai en effet d’écrire quelque chose – mais c’est un peintre dont il est assez difficile de parler, qui semble à la fois appeler le commentaire « littéraire » et y échapper en permanence. (Peut-être faudrait-il alors simplement écrire « TWOMBLY » d’une écriture un peu gauche, comme lui-même le fait avec les auteurs latins ou grecs…) Quant à Masson… je ne sais pas, il ne me touche pas autant que « TW », comme Barthes désigne Twombly dans son texte. (Autre difficulté à écrire sur Twombly : comment le faire après Barthes sans déchoir ?)

Oui, la fatigue physique que j’éprouvais après avoir joué du Bach était jouissive ; il est vrai que d’une manière générale j’aime éprouver de la fatigue musculaire (en particulier après une longue randonnée ou quelques longueurs de bassin). Mais j’étais un pianiste trop paresseux pour avoir jamais souffert de tendinite…

Pourquoi « dommage » ? La version Gould de 1981 est superbe. Mais un conseil : défaites-vous du disque de Keith Jarrett et, si vous aimez le clavecin, procurez-vous l’une des deux versions de Pierre Hantaï. (Je reviendrai bientôt sur ces questions d’interprétation des Goldberg.)

P.S. : Si vous tenez vous aussi un blog, ne manquez pas d’en indiquer l’URL lorsque vous repasserez par ici, j’aimerais bien vous lire.

Ecrit par : Improbable | 22.06.2009

Bonjour,
Je n'ai pas de blog! Je passe déjà beaucoup (trop) de temps à lire ceux que je découvre et certains si passionnants.

Twombly? je souris, une peinture tellement intraduisible, juste à ressentir. C'est pourquoi j'étais curieuse... mais je vais acheter le livre de R. Barthes.
Je n'ai jamais su parler d'un tableau que j'aime, seulement le regarder, encore et encore.

Hier j'ai réécouté "mon" Keith Jarrett, c'est vrai qu'il est meilleur dans le Köln Concert que dans les Variations Goldberg. A vrai dire, je n'aime pas trop le clavecin et je suis moins fan aujourd'hui de K. Jarrett que je ne le fus dans les années 80.

Ecrit par : Ambre | 22.06.2009

Quel dommage… quelqu’un qui aime Twombly doit nécessairement avoir des choses intéressantes à raconter (même sans forcément parler de peinture).

Vous verrez, ce qu’il y a de bien avec les deux textes de Barthes, c’est qu’au lieu de développer une « thèse » sur TW ou de se lancer dans un fastidieux descriptif des œuvres, il aborde toujours celles-ci en diagonale (ou en spirale ?) et de façon fragmentaire, ce qui est justement un mode d’écriture qui coïncide bien avec l’œuvre de TW.

A vrai dire, je n’ai jamais été un grand fan de Keith Jarrett (même du Köln Concert ; tout au plus puis-je encore dire aimer ‘Facing You’ et ses tout premiers enregistrements en trio) : un pianiste qui « manque de corps » à mon goût, lorsqu’il joue du jazz, et qui est systématiquement raide et guindé lorsqu’il aborde le répertoire classique.

Ecrit par : Improbable | 22.06.2009

Je ne suis pas sûre que ce que j'aurais à "raconter" puisse intéresser quelqu'un.
De plus ma culture est très superficielle. C'est pourquoi je recherche les blogs qui m'ouvrent l'esprit. Parfois je découvre alors un blog qui parle pour moi, comme certains auteurs qui vous font dire en les lisant : j'aurai pu l'écrire tant cela me touche.

Merci à Solko qui m'a fait vous découvrir.

Ecrit par : Ambre | 22.06.2009

Vous êtes sans doute trop modeste (ou trop portée à l’auto-dépréciation).
D’ailleurs « ma culture est très superficielle » est une réflexion qui m’a toujours paru paradoxale, sinon aporétique : il faut déjà avoir une culture assez approfondie pour ne pas considérer que la culture que l’on a, « c’est déjà bien assez comme cela ».

Enfin si ce que je publie ici a l’heur de vous intéresser, j’en suis très heureux.

Ecrit par : Improbable | 23.06.2009

Comme Bona, je ne connaissais pas ces mots de Barthes, ils me touchent beaucoup. Comme vos j'ai appris jeune le piano , en ai fait pendant une bonne dizaine d'années, et puis quelques années au conservatoire de Lille...
Puis j'ai laissé tomber, non pas que je n'aimais pas ça, mais je n'étais pas particuliérement douée!! j'ai néanmoins gardé beaucoup de plaisir à joue, même si je joue beaucoup moins, du plaisir à jouer Bach, et j'avoue Schumann et Chopin aussi. j'aime aussi les piéces de Cimarosa.
Mais différemment de vou peut-être jai vraiment fait du piano pa amour de la musique, qui a une part très importante dans ma vie.

Votre blog est un bel espace, je m'y sens bien.
Merci.

Ecrit par : helenablue | 23.06.2009

Je vous prie de pardonner mes fautes, suis sans doute allée trop vite.
:)

Ecrit par : helenablue | 23.06.2009

Curieusement (mais je m’en expliquerai dans la suite de cette note sur les Variations Goldberg), c’est après que j’ai arrêté le piano que la musique a commencé à tenir une place essentielle dans ma vie.

Et, puisque vous aimez jouer Schumann, je vais livrer ici entier cette phrase que j’avais tronquée dans ma note : « […] un même auteur peut être mineur si on l’écoute, immense si on le joue (même mal) : tel Schumann. » Cela correspond tout à fait à mon expérience : lorsque je jouais du piano mais étais peu mélomane, Schumann était avec Bach le compositeur qui me donnait le plus de plaisir ; depuis que j’ai cessé de jouer mais que j’écoute énormément de musique, je m’en suis un peu dépris. (Dans le même recueil de Barthes, il y a d’ailleurs deux très beaux textes consacrés à Schumann : ‘Aimer Schumann’ et ‘Rasch’.) A l’inverse, je détestais Chopin lorsque je jouais du piano, alors que c’est à présent un de mes compositeurs préférés.

Heureux que vous vous sentiez bien sur ce blog : je me sens bien sur le vôtre ; et vous serez toujours la bienvenue ici.

(Et ne vous tracassez pas pour vos fautes d’orthographe, qui sont d’ailleurs plutôt des fautes de frappe : je viens de ressortir vivant de la correction de copies du brevet des collèges, c’est vous dire si je suis mithridatisé de ce côté-là.)

Ecrit par : Improbable | 23.06.2009

Les pages de Barthes Sur Schumann dans L'obvie et l'obtus m'ont réconciliée (bien que n'étant pas fâchée) avec ce phrasé très singulier. Par simple curiosité : quelles sont les interprétations que vous préférez des variations Goldberg? C'est bon de savoir que vous avez survécu à la correction des copies du brevet, parce que mazette on y laisse des cheveux.
Ravie de découvrir votre blog!

Ecrit par : amel | 23.06.2009

Rien que de très classique : au piano, le jeune Arrau (1942, je crois), Gould 1956 et Gould 1981, au clavecin les deux enregistrements de Wanda Landowska (Barthes, encore : « j’entends avec certitude – la certitude du corps, de la jouissance – que le clavecin de Wanda Landowska vient de son corps interne, et non du petit tricotage digital de tant de clavecinistes ») et les deux enregistrements de Pierre Hantaï.

Cela dit (mais c’est peut-être le souvenir qui me joue des tours), je trouve que la version Decca de Rosalyn Tureck (au piano) et celle d’Igor Kipnis (au clavecin), pour n’être pas du niveau de celles que je viens de citer « ont quelque chose ».

De toutes façons, je m’en expliquerai plus longuement dans la suite (encore à écrire) de cette note.

Et je suis non moins ravi de découvrir votre blog : le texte ‘Monter jusqu’à la terrasse…’ m’a « parlé » pour des raisons très personnelles ; et ces trois tableaux, sont-ils votre œuvre ? Si c’est le cas, me tromperais-je en supposant que, comme moi, vous aimez François Rouan et Simon Hantaï (père du claveciniste cité ci-dessus, d’ailleurs) ?

Ecrit par : Improbable | 23.06.2009

Je ne sais pas quel terme serait le plus opportun pour dire comment Gould jouait : un transport total de l'âme et du corps, comme s'il se désincarnait pour se réincarner dans la musique de Bach.
Et puis comment oublier le violon de Yehudi Menuhin...
Barthes nous a réappris à aimer les romantiques!
Merci de votre passage de par le toit.
Bonne fin de soirée.
Amitiés.

Ecrit par : amel | 23.06.2009

« Un transport total de l'âme et du corps » : Gould, justement, a employé lui-même le terme d’extase, dans un de ses textes.

Je dois en revanche avouer que j’ai toujours un peu renâclé au violon de Menuhin (sauf dans Bartók, où je trouve sa sonorité idéale).

« Barthes nous a réappris à aimer les romantiques » et pas seulement en musique : j’ai récemment relu, grâce à deux textes de Barthes, Michelet (‘Histoire de la Révolution française’ et ‘La Mer’) : j’en suis venu à me demander si ce n’était pas un des plus grands écrivains romantiques français (et c’est à dessein que je dis « écrivain » et non « historien »).

Soyez certaine que je rouvrirai souvent votre « porte sur le toît ».

Ecrit par : Improbable | 23.06.2009

Le fragment n'a jamais été autant d'actualité. Oui, la question se pose : comment écrire sur ce mode là après Barthes? Je vous ferai part de ma réflexion là-dessus : j'y travaille depuis 10 ans. Ce qui est peu.
En effet, il faut se défaire de ces pseudo catégories qui décrètent quels sont les auteurs majeurs et mineurs. Cela vaut pour la musique, la littérature, et... la peinture. Deleuze s'est toujours targué de lire ces auteurs dits mineurs.
Beaucoup de problématiques se superposent dans la densité de vos réponses, je m'y perds!
La mer n'est jamais quand je suis sur le toit.

Ecrit par : amel | 24.06.2009

Vaste question, en effet : comment écrire sur le mode du fragment – et non seulement après Barthes, mais aussi bien après Blanchot, Perros, le des Forêts d’‘Ostinato’… (Tiens, vous me faites penser qu’il faudrait que je relise ‘Une gêne technique à l’égard des fragments’ de Quignard.) Il m’intéresserait beaucoup de lire vos réflexions sur ce sujet.

Pour ma part, cette distinction entre auteurs majeurs et mineurs ne m’a jamais gêné, au contraire, à condition de toujours introduire des nuances. Les auteurs mineurs, les « petits maîtres » (bizarre comme cette expression a pris une connotation péjorative qu’elle était loin d’avoir à l’origine) sont à mon sens le lieu privilégié du goût personnel : Dostoïevski, Flaubert, Mallarmé, Proust, Rilke, Joyce comment ne pas être d’accord là-dessus ? mais là où les individualités se dévoilent c’est quand tel dira son goût pour Henri Thomas, tel autre pour Henri Calet, vous aimez mieux Paul-Jean Toulet, moi c’est Francis Jammes etc. (Et l’on pourrait en effet transposer pour la musique, pour la peinture.) Cette pratique-là de la distinction majeur/mineur m’apparaît en tous cas préférable à un ‘nolli judicare’ trop systématique qui tend finalement au n’importe quoi du tout-se-vaut (non, ‘Le Prophète’ de Gibran ne vaut pas ‘Zarathoustra’).

… Mais c’est la densité de vos questionnements qui suscite de ma part des réponses un peu touffues !

Ecrit par : Improbable | 24.06.2009

Il faut également que je me "rassemble" car vos réponses provoquent ou convoquent mille et une questions. Et dans cet épars pillement -éparpillement, je ne découvre votre billet qu'aujourd'hui.
Beaucoup de choses se cognent et s'entrelacent : d'abord le fragment a aussi à voir avec le judicare, je vous enverrai mon étude.
Je n'ai jamais bien compris cet engouement pour Le Prophète de Gibran. Zarathoustra nous parle à "une autre altitude". La comparaison ne s'est lamais posée pour moi. Voilà qui est éludé, comme la question du mineur et du majeur, comme vous dites si bien,.. n'est qu'une question de nuances. Oh oui.
Je reviens vous écrire au calme.

Ecrit par : amel | 26.06.2009

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