25.05.2009
Exergue : l’improbable
En exergue à L’Improbable*, Yves Bonnefoy écrit :
« Je dédie ce livre à l'improbable, c'est-à-dire à ce qui est.
À un esprit de veille. Aux théologies négatives. À une poésie désirée, de pluies, d'attente et de vent.
À un grand réalisme, qui aggrave au lieu de résoudre, qui désigne l'obscur, qui tienne les clartés pour nuées toujours déchirables. Qui ait souci d'une haute et impraticable clarté. »
De cette épithète substantivée, improbable, j’ai voulu faire le titre de ce blog. Cette épithète n’est pas à entendre ici dans le acception canonique d’invraisemblable ou de douteux (sens au demeurant des plus galvaudés, ces derniers temps : il semblerait qu’il faille maintenant, par un tic de langue, dire ou écrire « improbable » là où « invraisemblable » serait venu spontanément naguère). Non, le sens que je voudrais ici donner à l’improbable serait plus étroitement conforme à celui qu’il recouvre confusément dans cette exergue de Bonnefoy : ce qui est, c’est-à-dire un surgissement du réel qui semble s’adresser à l’être, qui ne peut être prouvé par l’entendement, et cependant irrécusable.
Cet improbable-là, je le vois surgir dans le désir, dans le deuil, dans certaines paroles, dans certains lieux, dans des voix, dans des tableaux, des sculptures, des textes, des musiques… C’est de ces surgissements que je tiendrai ici la chronique. Non pas leur simple relevé, mais plutôt leur méditation – car l’être veut saisir ce qui alors se dit à lui.
* L’Improbable, Mercure de France, 1959 ; L’Improbable suivi de Un rêve fait à Mantoue, nouvelle édition Mercure de France, 1980 (Folio Essais, 1992).
(Illustration : Yves Bonnefoy, © Jean-Pierre Loubat 2007.)
13:12 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : yves bonnefoy, improbable, exergue



Commentaires
J'y reviendrai !
Ecrit par : grapheus tis | 03.06.2009
Je me réjouis de vous voir apparaître, surtout dans cette acception de l'improbable, à distinguer absolument du mot passe-partout qui sévit par les temps qui courent, juste bon à qualifier le nimporte quoi - donc le véritable inattendu que nous attendions sans le savoir...
Ecrit par : JLK | 07.06.2009
Grapheus tis : Vous serez toujours le bienvenu (mais la prochaine fois que vous laisserez un commentaire, pensez à inclure l’URL de votre blog dans votre signature : il mérite la visite – votre blog, pas son URL).
JLK : Grand merci pour cet aimable message. J’y suis d’autant plus sensible que votre blog est un de ceux que je lis avec le plus d’assiduité et de plaisir.
Ecrit par : Improbable | 13.06.2009
Non pas ce qui est mais ce qui est possible...
Ecrit par : laurence | 16.06.2009
Laurence : La phrase de Bonnefoy est bien « […] à l’improbable, c’est-à-dire à ce qui est. »
Disons que, justement, Bonnefoy arrache ici le terme à son usage courant (et donc à l’usuelle distinction de l’impossible et de l’improbable) pour le rendre à un sens plus étroitement étymologique (« ce qui ne peut être prouvé ») : ce que veut dire ainsi Bonnefoy est que l’être-là, la présence s’éprouvent mais ne se prouvent pas. Et sans doute, jouant sur l’amphibologie qu’il a ainsi conférée à l’épithète (second tour dans la spirale du sens), Bonnefoy revient malgré tout à l’acception courante : l’être-là, la présence se donnent dans l’inattendu (comme l’écrit justement JLK « le véritable inattendu que nous attendions sans le savoir »), sans qu’il soit possible à la raison de supputer sur la « possibilité » ou la « probabilité » de ce surgissement.
Ecrit par : Improbable | 20.06.2009
Oui, probablement il est donc
Ecrit par : Nina_Tool | 21.09.2009
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